Interview – Paine Proffitt, peintre d’un football d’une autre époque

Heristage vous propose grâce à ses interviews de découvrir d’autres manières d’appréhender et de transmettre l’histoire du football anglais. Nous sommes cette fois allés à la rencontre de Paine Proffitt, un peintre aussi agréable qu’atypique. Américain vivant en Angleterre, Paine Proffitt s’attelle dans son travail à peindre le football d’une autre époque, football dont il est passionnément amoureux, tant pour en saisir la grâce innocente que pour pleurer son irréversible disparition. Venez donc découvrir cet artiste immensément talentueux et son travail remarquable, qui amorce d’ailleurs des réflexions larges sur le football anglais.

Pour découvrir le travail de Paine Proffit et acheter des impressions de ses tableaux, vous pouvez vous rendre dès à présent sur son site, www.paineproffitt.com.

À propos de Paine Proffit

« Peindre a toujours été un moyen d’exprimer ce que j’ai sur le cœur. »

Pouvez-vous tout d’abord vous présenter ?

Je suis un artiste américain vivant et travaillant en Angleterre. La majorité de mon travail s’articule autour du sport et je peins à propos du football depuis 6 ou 7 années. J’ai travaillé sur des programmes de matchs pour West Bromwich Albion, Aberdeen, Sunderland, Port Vale et Grimsby, et j’ai plus globalement collaboré avec Aston Villa, Derby County, Nottingham Forest, Brentford et bien d’autres. Je peins aussi sur les thèmes du baseball et du hockey sur glace, et aussi sur des sujets autres que le sport.

Quelle a été précisément votre trajectoire d’enfant à peintre ?

J’ai toujours aimé l’art, je dessine et peins depuis que je suis petit. Cette passion est devenue sérieuse quand j’ai intégré la High School (équivalent du lycée, ndlr) puisque j’ai liverpool_-_thompson_1024x1024dès lors su que je voulais en faire mon métier. J’ai été à l’école de design de Rhode Island aux Etats-Unis pour étudier l’illustration, et j’ai aussi passé une année à l’université de Brighton en Angleterre, où j’ai découvert le football anglais. Après avoir obtenu ma licence, j’ai commencé à travailler en tant qu’illustrateur freelance aux Etats-Unis durant 10 années, sans pourtant vraiment en retirer de plaisir. A vrai dire, je n’aimais pas ce que je devais illustrer – majoritairement des articles à propos de la bourse. J’ai alors décidé de déménager en Angleterre et j’ai abandonné mon travail d’illustrateur pour me concentrer sur mes propres peintures, après avoir perdu quelques années dans une entreprise d’impression. J’ai ensuite encore perdu quelques années à essayer de trouver mon style. Je ne savais pas trop ce que je faisais et j’ai eu besoin de temps pour trouver un style et les thèmes sur lesquels je voulais travailler. Je me sens désormais bien dans mon travail, et ce depuis quelques années, même si je continue d’avoir certains doutes.

Qu’aimez-vous tant dans la peinture ?

Peindre a toujours été un moyen d’exprimer ce que j’ai sur le cœur, et ainsi d’extérioriser mon amour, mes émotions, mes pensées, mes opinions, mes sentiments à propos de quelque chose. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer avec des mots, c’est surtout un sentiment.

À propos de la peinture

« Je m’inspire d’énormément de choses: peintures, musiques, films, sports, photographies, affiches, publicités. »

Quelle est la ligne directrice de votre travail?

Tout dépend du tableau que je veux peindre et de l’objectif que je me fixe. Mais globalement, il s’agit surtout de capturer et de retranscrire la beauté et l’émotion de mon sujet. Mon travail est assez nostalgique, et j’essaye à travers ces tableaux de représenter une mémoire, une histoire elle-même liée à l’émotion du sujet.

Quels sont les divers sujets que vous peignez ?

Je suis surtout connu pour mes peintures sur le football, mais je commence à beaucoup m’intéresser à d’autres thèmes, comme le baseball, le hockey sur glace ou l’art figuratif. Il y a aussi un autre volet à mon travail qui se concentre sur la situation sociale, la politique et des opinions personnelles.

Quels sont les divers moyens d’accès du public à vos œuvres ?

Mes œuvres sont désormais exposées dans divers musées et galeries d’art. La majorité de mes travaux sont aussi accessibles sur internet, qui est devenu une nouvelle galerie à part entière. Certains travaux sur le football sont aussi disponibles dans différents programmes de matchs.

En pratique, pouvez-vous décrire le processus de réalisation d’une peinture, de la genèse de l’idée à l’exposition dans diverses galeries d’art ?

Tout dépend là encore du sujet sur lequel je veux travailler et du format de la peinture. Pour mes travaux sur le sport, tout dépend aussi si la peinture est un portrait, un tableau historique ou simplement une oeuvre générale à propos d’un club.

arsenal_past_1024x1024Pour les tableaux historiques et les portraits, je commence par faire des recherches sur un moment, un match ou un joueur, et j’essaye de lire autant que possible sur le sujet, de trouver des photos et d’autres peintures. Tout cela sert à me façonner une opinion et des sentiments à propos du sujet, et donc à déterminer l’ambiance générale de la future œuvre. Je commence alors à faire quelques rapides croquis pour avoir des idées, mais j’essaye majoritairement de travailler directement sur la toile. Je passe habituellement entre deux et cinq jours à travailler et retravailler une peinture jusqu’à ce qu’elle soit terminée. Je scanne ensuite mon travail pour l’exposer sur internet, l’envoyer à l’éditeur de programmes de match ou à la galerie d’art.

Pouvez-vous nous décrire la journée type d’un peintre ?

Ces dernières années, le rythme et l’intensité de mes journées ont diminué. Je peignais vraiment beaucoup auparavant, mais dorénavant j’ai beaucoup de distractions avec le travail administratif et les réseaux sociaux. Désormais, je me lève assez tard, entre 10h et midi, je m’occupe alors des mails et des réseaux sociaux, ce qui peut me prendre parfois plus d’une heure. Ensuite, je mange. Je commence à travailler sur mes œuvres entre 13h et 15h, et j’essaye alors de peindre autant que possible – ne m’arrêtant que pour les repas – jusque tard au soir, entre minuit et 4h du matin. J’arrête plus ou moins tôt selon le baseball et le hockey, s’il y a un match que je veux regarder.

Parlons désormais d’art. De qui/quoi vous inspirez-vous ?

Je m’inspire d’énormément de choses: peintures, musiques, films, sports, photographies, affiches, publicités, etc. Il y a tellement d’artistes et de peintures qui m’inspirent, de très grands noms du passé à des artistes sportifs modernes. Je dirai que le travail des Futuristes et de l’artiste Christopher Nevinson ont eu une énorme influence sur moi. Je m’inspire aussi beaucoup d’affiches vintage et d’art déco, tout comme  je m’inspire d’affiches de propagande soviétique et de l’art constructiviste. Mais globalement, des centaines d’artistes m’inspirent chaque jour.

Je m’inspire aussi beaucoup d’artistes qui n’influencent pourtant pas directement mon œuvre. Chagall, Picasso, Basquiat, etc. Je ne me lasserai jamais de regarder leurs travaux, ce sont de véritables génies et d’incroyables artistes.

Y-a-t-il des artistes français qui ont eu une influence sur votre travail ? Que pensez-vous des Impressionnistes, le mouvement artistique français le plus connu lancé par Claude Monnet ?

J’admire les artistes français de diverses époques, et je suis un grand fan de Claude Monet tout comme de Toulouse Lautrec, Edgar Degas, Robert Delaunay, Michel Delacroix et bien d’autres encore. Je les admire, mais seulement une petite partie de leurs œuvres a directement influencé mon travail. Je pense que ces artistes ont influencé d’autres artistes et des mouvements artistiques qui ont eux-mêmes influencé mon travail. Parfois, il n’y a pas de lien direct mais je sais que leur travail a d’une façon ou d’une autre une connexion avec le mien.

Comment appelleriez-vous et décririez-vous vos différents styles ?

crystal_palace_-_born_in_south_london_1024x1024Je ne sais pas comment les appeler. Mon travail est très nostalgique, et comporte aussi un peu de Futurisme, d’art déco et de Constructivisme. J’ai aussi un autre style de travail que je réalise sous le nom Disgraced Cosmonaut, qui s’apparente un peu à du dessin animé.

Dans certains de vos travaux, il y a une forte influence soviétique. Y-a-t-il un lien avec les origines industrielles du football ?

Vous avez raison, il y a un lien similaire entre l’univers soviétique/le football et le monde industriel, puisque les deux ont pour origine la classe ouvrière. En fait, j’aime l’imagerie forte des affiches soviétiques. Il s’en dégage une puissance, une influence, une beauté, une discipline, une autorité qui fonctionnent bien avec le football. En fait, c’est simplement un esthétisme qui m’a toujours attiré. Ayant grandi durant la Guerre Froide, j’ai peut-être aussi un curieux intérêt, un mélange de fascination et de peur pour la propagande soviétique.

Avez-vous des projets sur le point d’être développés ? Des objectifs ou ambitions particulières ?

Actuallement, je travaille sur les couvertures de programmes de match d’Aberdeen pour cette saison, et je réalise aussi pas mal d’œuvres non-footballistiques. Je veux travailler davantage sur le baseball, le hockey et la série Disgraced Cosmonaut. J’espère d’ailleurs trouver un endroit pour tous ces nouveaux tableaux.

À propos de la peinture footballistique

 » C’était un sport d’hommes, et les joueurs étaient de véritables héros, forts et fiers, qui jouaient parfois blessés, sur les pelouses boueuses de stades remplis, et ce quel que soit les conditions météorologiques. »

Comment décririez-vous la relation entre le football et la peinture à l’heure actuelle en Angleterre?

Le football et tous ses aspects vont très bien avec la peinture : la passion, l’émotion, les couleurs, le mouvement, l’importance culturelle, l’histoire, la célébrité et tellement d’autres choses encore. C’est un très beau sujet d’art.

Le public est large à l’heure actuelle, et beaucoup d’artistes talentueux travaillent autour du football. Il y a de la place pour tout le monde, mais nous devons réussir à affirmer notre place. A vrai dire, les instances du football, et notamment les clubs, essayent d’empêcher qui que ce soit d’autres qu’eux de gagner de l’argent dans le milieu du football, et ceci pourrait limiter les perspectives des artistes qui travaillent sur le football. Il y a tellement d’argent aujourd’hui dans ce milieu, et les clubs veulent tout pour eux. Il faut donc travailler avec les clubs, ou leur faire gagner de l’argent, sinon vous pourriez avoir des problèmes. Comme vous l’aurez compris, l’argent est donc le gros problème. Mais le football reste une part importante de la vie de ces artistes, et donc il y en aura toujours qui voudront peindre et célébrer le jeu.

Le coût du football pour les fans est surement l’autre gros problème. Le football est cher, et beaucoup de supporters n’ont plus le surplus d’argent nécessaire pour acheter des peintures ou des impressions. C’est donc difficile pour les artistes de gagner de leur vie à partir de leurs œuvres, et le fait que le public soit large ne signifie pas qu’il est facile de les mobiliser pour qu’ils viennent voir et acheter les différentes peintures.

Vos peintures font référence à un football appartenant à d’autres périodes historiques, au travers de différentes preuves telles  les maillots, les stades, les tenues des supporters, les joueurs et événements directement cités, les affiches, l’atmosphère générale et même les références directes à la guerre. Pourquoi êtes-vous particulièrement intéressé à l’histoire du football anglais ?

aston_villa_-_villa_1024x1024Oui, je préfère le football d’avant. J’aime l’esthétique du football des années 1920-1950, le style et les sensations des stades, les joueurs et l’histoire. J’imagine que c’est un sentiment personnel. J’adore les racines du football, ce sentiment nostalgique et les souvenirs des terraces. J’aime aussi penser que le football d’avant était le ‘vrai’ football. C’était un sport d’hommes, et les joueurs étaient de véritables héros, forts et fiers, qui jouaient parfois blessés, sur les pelouses boueuses de stades remplis, et ce quel que soit les conditions météorologiques. Ils se battaient comme de beaux lions pour chaque victoire. Il y a donc une différence énorme avec les multimillionnaires actuels qui plongent à chaque contact et qui sont plus intéressés par leur coupe de cheveux que par le match, et avec les clubs qui utilisent désormais trois ou quatre tenues par saison pour vendre plus de marchandises.

Pourquoi ne pas peindre le football actuel ? Qu’est ce qui rend le football anglais d’antan si romantique ?

J’ai réalisé quelques tableaux sur le football moderne mais ce n’est pas la même chose, il y a quelque chose qui ne va pas. J’ai l’impression que si je peins un joueur de cette saison, la peinture sera dès la saison suivante dépassée et vieillotte. Le maillot et le sponsor auront en effet changé entre temps, tout comme sa coupe de cheveux et ses chaussures fluorescentes. Désormais, tout est jetable en fait. Le football d’antan lui est romantique et très spécial, il a une histoire incroyable et riche. La naissance du football, des joueurs fantastiques, des clubs exceptionnelles, des matchs incroyables, des histoires hors-normes… Il est difficile de ne pas tomber amoureux de tout ça.

Peindre le football anglais d’avant nécessite-il d’ailleurs beaucoup de recherches préparatoires ?

Oui, je dois faire des recherches avant chaque peinture. Je dois d’abord trouver mon sujet – un match, un joueur, un moment. Parfois pour les programmes de match, je dois peindre à propos d’un moment ou d’un match bien spécifique: je vais alors chercher à lire le maximum d’histoires et d’articles, et je vais regarder des photos. Même pour des peintures plus générales, je dois faire des recherches sur le stade et les maillots au moment précis de l’histoire que je veux peindre, et à la culture du club si je souhaite mettre quelques mots sur mon tableau.

À propos de l’importance de l’histoire du football anglais

« Tout ce que l’on peut faire est se souvenir et aimer ce football d’autrefois. »

Pensez-vous qu’il est important de raconter et de transmettre l’histoire du football anglais? Est-ce l’un des objectifs spécifiques de votre travail ?

blackpool_largeJe pense qu’il est très important que les gens connaissent les racines et l’histoire de leurs clubs et du football. Il est primordial qu’ils honorent le passé, les joueurs et les équipes qui étaient là avant. Le football se transmet normalement de génération en génération mais à l’heure actuelle, il est facile de ne pas s’intéresser à ce qu’il y avait avant. Il est vraiment important de connaître l’histoire du club de votre cœur. Enseigner l’histoire n’est pas vraiment mon objectif ; seule une petite partie de mon travail est actuellement historique. Mon travail s’intéresse surtout à propos de l’expérience footballistique, à l’amour du football et des clubs. Mes tableaux célèbrent le football et les clubs plutôt qu’enseignent l’histoire du jeu.

À quel point l’accumulation actuel d’argent dans le football met-elle en danger les racines historico-culturelles des clubs et du football ?

Le football est un business désormais. Ça l’a toujours été d’ailleurs, mais l’argent a désormais pris le pas et détruit petit à petit l’histoire et l’identité du jeu, des clubs. Quand un stade comme St James’ Park est renommé Sports Direct Arena, ou que les équipes portent des maillots ridicules même quand leur premier maillot ne pose aucun problème avec le maillot des adversaires juste pour vendre un peu plus de ces horribles maillots dans leur magasin, une partie de l’identité du club se meurt. Les clubs gagnent énormément d’argent de la part des sponsors, et ces sponsors gagnent de plus en plus de pouvoir. Ils ne vont pourtant que servir leurs intérêts, et s’en fichent royalement des clubs, des supporters et de l’histoire. L’argent est roi, et les clubs se fichent si cet argent détruit leur histoire, leur culture, leurs racines, leur fanbase, leur identité. Tout ça n’est pas bon.

En parlant de la romance et de la magie du football, vous parliez dans une interview à insideleft.com de « l’imagerie traditionnelle du football (années 1920-1960 surtout) ». Y-a-t-il un lien clair entre la croissance du capitalisme et la disparition de cette imagerie si particulière ?

Oui, je pense que ce lien existe en plus d’autres choses. Un vieux maillot en coton, avec le col et les couleurs du club, est une beauté ; il a vrai charme quand on le compare avec les maillots sponsorisés et moulants actuels, qui ressemblent à du plastique. Le style a commencé à changer à partir des années 1960, et le football s’en est allé depuis. Je ne suis pas un grand fan des maillots de foot entre la fin des années 1960 et la fin des années 1980, beaucoup sont absurdes. Et ne commençons pas à parler des coupes de cheveux !

L’expansion de la célébrité est aussi liée à tout cela. Quand des joueurs comme George Bestf0653e09a0911db8cf840057a7775688 sont arrivés, la célébrité et le style de vie des footballeurs ont complètement changé. Le football a commencé à s’éloigner des supporters, puisque la célébrité devenait désormais plus importante que le reste. Il y a toujours eu des héros et des idoles dans l’histoire du football, mais les salaires, le statut des joueurs et l’époque moderne depuis les 1960s ont amené la célébrité à un tout autre niveau. Ces célébrités nationales se sont mises à la mode et aux tendances de leur temps, même s’ils ont l’air stupides parfois. L’expansion de la célébrité et de la popularité des footballeurs et du football anglais ont passé un autre niveau encore durant les années 1990, et c’est chaque saison de pire en pire depuis.

Je pense aussi que la technologie est un facteur important. Durant les années 1960, il y a eu des changements qui ont affecté l’apparence du football. Les ballons sont devenus plus légers, et blancs surement pour la télévision j’imagine ; les matériaux utilisés pour les maillots ont commencé à changer ; la taille des protège-tibias a été réduites, tout comme celle des chaussures. Tous ces changements ont modifié l’allure et l’esthétique du football. Je n’aime pas vraiment cela, donc je préfère me concentrer sur la période allant des années 1920 aux années 1950. Ce n’est pas si mal aujourd’hui et le style des maillots est plutôt bien, mais je n’aime pas le volet marketing qui l’accompagne. Le style baggy des années 1990 ne me dérangeait pas non plus. Le style des années 1970-1980s par contre étaient horribles, même si je sais que beaucoup l’apprécie.

À quel point la fascination pour cette imagerie traditionnelle du football anglais est-elle rationnelle ? Quel rôle l’idéalisation joue-t-elle ?

Je sais que la fascination pour cette imagerie traditionnelle est très romantique et idéalisée, mais je n’ai aucun problème avec cela. Je sais qu’il y a un amour nostalgique du passé qui arrondit les angles pour donner un sentiment de beauté et de chaleur à tout ce qui appartient au passé. Je sais aussi que certaines personnes idéalisent et exaltent le passé, que les souvenirs ou l’idéalisation ne sont pas la vérité ; mais qu’importe, c’est le sentiment qui est la plus importante. Ça ne me dérange pas de manipuler la vérité pour obtenir, pour capter une émotion.

D’après vous, que peuvent/doivent désormais faire les amoureux du football d’avant ?

football_crowd_-_red_and_white_1024x1024Bien que nous idéalisons ce football, il est parti pour de bon désormais. Tout ce que l’on peut faire est se souvenir et aimer ce football d’autrefois. Ce que nous voyons à l’heure actuelle deviendra aussi souvenirs à un moment donné.

En ce qui concerne le football moderne, espérons que la corruption et la quête incessante de profits soient contrôlées. Nous ne pouvons qu’espérer que les individus qui gouvernent le football et les clubs écoutent les revendications des supporters, et se souviennent que sans ces mêmes supporters il n’y aurait pas de football. Les supporters se font entendre, et certaines choses changent aujourd’hui. Le Sports Direct Arena est redevenu St James’ Park, un plafond sur les prix des billets extérieurs a été créé, le safe-standing est sur le point d’être autorisé, etc.

Le football sera toujours là, et même s’il y a des problèmes, nous continuerons de l’aimer. Les clubs, leur histoire, et le jeu sont en nous et ça ne changera jamais.

À propos de l’histoire du football anglais

« J’aime l’histoire, mais je ne la connais probablement pas beaucoup. C’est plutôt un sentiment de l’histoire. »

Y-a-t-il une époque précise qui vous intéresse et pourquoi?

Je dirai la période allant des années 1920 aux débuts des années 1960. Il y a une apparence et un sentiment qui m’attirent vraiment. J’aime l’histoire, mais je ne la connais probablement pas beaucoup. C’est plutôt un sentiment de l’histoire.

Choisissez une équipe que vous appréciez tout particulièrement dans l’histoire du football anglais et expliquez pourquoi.

Malgré tout ce que j’ai dit sur l’histoire du football d’avant-guerre, je dirai le Manchester United des années 1990. C’est à ce moment que je suis arrivé pour la première fois en Angleterre et que j’ai découvert le football anglais. J’en suis tombé amoureux. A l’époque, Manchester United était la grande puissance du football anglais. Avec leur popularité, c’était aussi la seule équipe que je pouvais voir à la télévision quand je suis retourné aux Etats-Unis. Les temps ont changé et il y a désormais plus de football anglais à la télévision américaine qu’en Angleterre. Les différentes équipes de Manchester United à l’époque étaient vraiment excitantes, talentueuses, dramatiques, élégantes et pleines de joueurs merveilleux. Avec leur histoire et leur titre, je choisirai donc ce club durant cette époque.

Choisissez un entraîneur que vous appréciez tout particulièrement dans l’histoire du football anglais et expliquez pourquoi.

Sir Alex Ferguson, le cerveau derrière cette équipe de United et la longévité de son succès. Là encore, j’ai manqué la domination d’autres clubs (Liverpool, Arsenal, les Manchester précédents…), mais depuis que je regarde le football, Sir Alew est le roi incontesté des entraîneurs. Que vous aimiez l’homme ou non, que vous aimiez le club ou non, vous devez respecter ce qu’il a fait. Herbert Chapman, Bill Shankly, Bob Paisley et Brian Clough ont mon total respect par ailleurs.

Choisissez un ou plusieurs joueurs que vous appréciez tout particulièrement dans l’histoire du football anglais et expliquez pourquoi.

wba_-_albion_v_forest_1978_1024x1024Je choisirai quelques joueurs de West Bromwich Albion. Après avoir travaillé en étroite collaboration avec le club, j’ai découvert des histoires à propos de leurs joueurs. Certains comme Tony Brown, qui est l’un des meilleurs joueurs de son époque et dans l’histoire du club,  m’ont raconté des histoires et expliquait comment c’était que de jouer à leur époque. Ceci m’a permis de connecter histoire, romantisme et réalité, ce qui est important.

Et des joueurs comme Cyrille Regis, Laurie Cunningham et Brendon Batson : tous de merveilleux et talentueux footballeurs mais surtout ils ont été des pionniers, et ont montré la voie dans la façon d’intégrer des joueurs de couleur de peau noir en Angleterre à des époques troublées. Ils ont aidé à changer la société dans sa globalité. Et les rudes épreuves qu’ils ont dû traverser en contrepartie sont inimaginables. Le football et la société doivent énormément à ces personnes qui ont donc mon respect total.

Last but not least

« Mon caractère romantique espère toujours un joueur fort et héroïque, dans un maillot à col, jouant avec des chaussettes en coton et des chaussures marrons. »

Le football était-il mieux avant?

Dans mon cœur, oui. Dans la réalité, probablement non. La différence est immense. Le jeu et les joueurs maintenant sont probablement plus rapides et plus talentueux. Mais mon caractère romantique espère toujours un joueur fort et héroïque dans un maillot à col, jouant avec des chaussettes en coton et des chaussures marrons qui frapperont dans un ballon en cuir très lourd, sur une pelouse boueuse et sous les yeux de milliers de supporters portant des chapeaux et amassés sur les terraces. Et n’oublions surtout pas l’écharpe, le bovril (soupe de bœuf servie autrefois sur les terraces, ndlr) et le rattle (instrument en bois utilisé autrefois sur les terraces pour faire du bruit, ndlr, ci-dessous)!

Soccer - FA Cup - Third Round - Arsenal v Tottenham Hotspur - Highbury

Rémi Carlu

Sitographie:

Bliss, Dominic, Paine Proffitt: Football Art (theinsideleft.com, 23 mai 2013)
Creative Stoke, Paine Proffitt (www.creativestoke.org.uk, /)
www.paineproffit.com

Crédits photos:

www.paineproffit.com, Paine Proffitt
www.kymb.com, DR

2 commentaires sur « Interview – Paine Proffitt, peintre d’un football d’une autre époque »

  1. le gars a fait toute une saison le programme de west brom (2011/2012 je pense) tout le programme parlait du foot a travers le prisme de la religion…toutes les rubriques allaient dans ce sens,lea away travels étaient réservés aux pilgrims,les équipes de jeune étaient les disciples etc,etc j’avais été aux hawthorns pour le dernier match de la saison et Roy Hogdson l’entraineur étant pressenti pour devenir le futur entraineur de l’équipe nationale,il y avait un long,mais alors tr§s long article sur lui….en plus du contenu journalistique les illustrations de proffit faisait de ce programme une véritable oeuvre d’art,,,le meilleur programme de foot que j’ai jamais lu !

    Aimé par 1 personne

    1. Super ‘anecdote’, merci de la partager! Ça donne envie, mais ça ne m’étonne vraiment pas au vu de la qualité du Monsieur. Vous avez encore l’un de ces programmes peut-être?

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