Peter Osgood, l’avènement du ‘King of Stamford Bridge’ – Partie 3

“Osgood, Osgood, Osgood, Osgood. Born is the King of Stamford Bridge”. Depuis plus de 50 ans déjà, chacune des syllabes de ce refrain s’élèvent des tribunes pour s’en aller frapper la toiture et résonner dans tout Stamford Bridge. Il faut dire que derrière ce chant se cache un joueur qui a marqué de son empreinte la plus fastueuse période de l’histoire de Chelsea. Heristage vous propose un portrait décomposé en plusieurs parties pour découvrir plus amplement Peter ‘Ossie’ Osgood, de sa jeunesse à Windsor à ses grandes heures de gloire avec les Blues.

Partie 1 – De Dedworth à Stamford Bridge: une destinée surprise

Partie 2 – Ascension, frustration et reconstruction : parcours dantesque pour un talent hors-norme

‘Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Sexton décide de se concentrer sur l’attaque : « I got some good advice from Malcolm Allison when I started the Chelsea job. He said attack should be your number one priority. […]. In the long run, it paid off. That’s the beauty of taking a positive approach ». La première signature de Sexton est ainsi un attaquant, Alan Brichenall, acheté à Sheffield United pour £100.000. Petit à petit, les choses s’améliorent. Les joueurs retrouvent confiance, encaissent moins de buts grâce au travail tactique de Sexton et se mettent même à gagner des matchs au changement d’année. De janvier à la fin de saison, Chelsea emporte ainsi 13 de ses 19 rencontres de championnat, et atteint les quarts de finale de la FA Cup. L’arrivée de David Webb en février contribue à renforcer davantage encore la défense des Blues, désormais capable d’enchaîner des clean-sheets. En attaque, le duo formé par Peter Osgood et Tommy Baldwin fait des ravages, duo bien soutenu d’ailleurs par Alan Birchenall, Bobby Tambling, Peter Houseman et Charlie Cooke. Le 11 mai, lors du tombée de rideau, Chelsea l’emporte 2-1 face à Sheffield United et termine à une inespérée sixième place au classement général pour cette saison 1967-1968. Peter Osgood est lui meilleur buteur du club, avec 17 réalisations toutes compétitions confondues. Toutes craintes concernant son avenir sont dissipées : il a retrouvé son niveau et est devenu un joueur plus intelligent ; ses perspectives futures sont radieuses, tout comme le sont celles de l’équipe. Dave Sexton a maintenant en main l’avenir d’un club et d’une nouvelle équipe bientôt entièrement reconstruite. Allait-elle cette fois atteindre son potentiel ?’

Partie 3 – Des trophées, enfin

Dans l’optique de forger une équipe à son image, Dave Sexton et son assistant Ron Stuart laissent filer Joe Fascione, Geoff Butler, Colin Waldron et Jim Thomson, tous remplaçants en équipe première, et recrutent un attaquant de Cambridge pour seulement £5.000, Ian Hutchinson. Ce dernier fait à ses débuts une maigre impression à Peter Osgood, qui voit en lui un grand gringalet dégingandé et dénué de qualités footballistiques. Ils étaient pourtant sur le point de devenir meilleurs amis, et formeraient bientôt l’un des plus grands duos offensifs de l’histoire de Chelsea. Un autre joueur réussit à tirer son épingle du jeu, il s’agit de Peter Houseman, jusqu’alors remplaçant depuis plusieurs saisons déjà. Manquant de vitesse et rustre techniquement à une époque où George Best est devenu la référence footballistique en Angleterre, Houseman ne sera jamais réellement apprécié par les supporters malgré un excellent pied gauche, une grosse qualité de centre et une double work rate/endurance qui l’ont rendu indispensable côté gauche.

1968-69

Le début de saison 1968-1969 des Blues est excellent : Chelsea ne perd qu’un seul de ses 14 premiers matchs, et réalise quelques grosses prestations dont un 4-0 contre Manchester United – Champions d’Europe en titre. Chelsea ne peut pourtant pas offrir une concurrence sérieuse au futur champion, le Leeds de Don Revie, à cause notamment de prestations défensives inquiétantes. Sexton a bien tenté pourtant de renforcer sa charnière centrale avec l’arrivée de John Dempsey en janvier 1969, mais c’est bien son style de jeu qui laisse sa défense trop exposée. Si le 5 octobre face à Ipswich, Ian Hutchinson surprend son monde en réalisant une longue touche – il catapulte ainsi le ballon dans la surface, ballon qui rebondit sur le défenseur Billy Baxter avant d’entrer dans les filets – et si cette nouvelle option offensive allait bientôt devenir très familière à Stamford Bridge, c’est bien un autre changement tactique qui caractérise ce Chelsea 1968-1969.

Au vu du potentiel offensif excessif de son équipe, Dave Sexton décide à partir du 2 novembre lors de la réception de Manchester City – alors dirigé par le duo Joe Mercer/Malcolm Allison – de déployer Peter Osgood en tant que milieu de terrain central, aux côtés de John Hollins. Il faut dire que le début de saison est d’un point de vue personnel difficile pour l’Anglais. Des tensions sont palpables entre lui et son manager depuis la pré-saison et une soirée trop arrosée, et ses prestations sur le terrain sont loin d’être convaincantes. Ce choix tactique est donc vu par Sexton comme un moyen de relancer Osgood, alors en proie aux doutes. C‘est un succès puisque les qualités techniques d’Ossie y sont très bien exploitées dans une équipe où une grande part est laissée au flair, à la liberté et à l’improvisation individuelle. Si ce style ravit le public, il entraîne donc des problèmes défensifs qui empêchent Chelsea de finir au-dessus de la 5ème place. Les Blues atteignent par ailleurs les quarts de finale de la FA Cup mais sont éliminés par les tenants du titre, le West Bromwich Albion du ‘King’ Jeff Astle. En ce qui concerne les autres compétitions, Chelsea ne dépasse ni le troisième tour de la League Cup, ni le deuxième tour de la Inter-Cities Fairs Cup.  En 35 apparitions toutes compétitions confondues, Osgood a marqué à 13 reprises lors de cette saison. Comme toujours, Chelsea est attendu mais ne réussit pas à franchir le dernier palier. Les choses étaient pourtant sur le point de changer.

A l’aube de la nouvelle édition 1969-1970, la grande équipe de Chelsea est presqu’en place. Le début de saison est pourtant très poussif puisque les Londoniens n’emportent qu’un de leurs sept premiers matchs. Jusque début octobre d’ailleurs, Dave Sexton bafouille au moment d’aligner un onze de départ, notamment en ce qui concerne le milieu de terrain où figure toujours Peter Osgood, et en attaque où Baldwin, Birchenall, Hutchinson et Tambling sont en concurrence ouverte.

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Si en décembre 1970, l’ancien joueur des Blues Frank Blunstone lègue son poste de directeur de l’académie à un autre ancien joueur, Ken Shellito, c’est justement un pur produit de ce centre de formation – d’où étaient déjà sortis entre autres Osgood, Harris, Bonetti ou Hollins – qui allait être le dernier chainon s’ajoutant à l’équipe première. S’il a fait ses débuts la saison précédente lors d’une lourde défaite 5-0 à Southampton en février – débuts qu’il devait d’ailleurs au fait que Sexton ait puni Osgood, Cooke et Boyle pour une énième sortie trop arrosée -, Alan Hudson (ci-dessus à droite, en duel avec George Best) devient à partir d’octobre 1970 un joueur essentiel des Blues. Aligné dans l’entrejeu aux côtés de John Hollins, il devient le milieu central créatif que Sexton cherchait. Progressivement, Peter Osgood retrouve donc sa place en attaque, où s’impose à ses côtés Ian Hutchinson. L’autre grand changement est tactique, puisque Sexton fait évoluer son organisation défensive en passant du système de marquage individuel classique, à un marquage de zone continental. Malgré le mauvais début de saison et l’élimination prématurée en League Cup dès le 15 octobre à Carlisle, le Chelsea de Sexton semble à l’automne 1969 clairement établi, et s’apprête à réaliser une fin de saison canon.

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Chelsea s’organise en 4-4-2 en phase défensive qui se déploie en 4-2-4 lors des phases de possession. Peter Bonetti reste indiscutable dans les cages, alors que l’association devant lui du grand John Dempsey et du vaillant capitaine Ron Harris fonctionne à merveille. Sur les ailes, si à gauche Eddie McCreaddie montre des velléités offensives, David Webb compense à droite par un certain conservatisme dû à sa formation de défenseur central. Au milieu, John Hollins est la dynamo et l’homme à tout faire d’une équipe qui a passé un véritable cap avec l’éclosion d’Alan Hudson : par sa distribution, ce dernier devient l’élément fédérateur d’une somme d’individualités qui avait jusqu’alors toujours manqué d’unité et de cohésion sur le terrain. Charlie Cooke est chargé d’animer le couloir droit, tant par des débordements sur le couloir que des rentrées plein axe balle au pied. Le sous-estimé Peter Houseman travaille lui sur le côté gauche et alimente en centres les deux excellents joueurs de tête que sont Ian Hutchinson et Peter Osgood. Si ce dernier incarne la finesse technique et l’intelligence de jeu, le premier se démarque par son sens du placement, ses qualités complètes de finisseur, ses longues touches et son abnégation défensive.

C’est avec ce système que Chelsea remonte progressivement au classement : à partir du 18 octobre et une victoire à West Bromwich – et ce jusque la fin de saison -, Chelsea réalise un excellent parcours avec 18 victoires, 5 matchs nuls et 5 défaites en 28 rencontres, et termine à une très belle troisième place d’un classement dominé par la ‘Holy Trinity’ d’Everton – Alan Ball, Howard Kendall et Colin Harvey –, récemment formée par Harry Catterick. C’est d’ailleurs par une défaite 5-2 à Goodison Park fin mars que les espoirs de titre s’étaient envolés. Qu’importe, Peter Osgood excelle dans cette nouvelle équipe et marque 23 buts en 36 matchs de championnat ; il obtient par ailleurs sa première cap avec l’équipe nationale en février contre la Belgique, séjour au terme duquel le sélectionneur Alf Ramsey lui lance « Well done son, and welcome to the fold ». A tout juste 23 ans, l’avenir d’Ossie apparaît désormais radieux. D’autant plus que cette saison ne se résumait pas au bon classement en championnat.

Le 3 janvier 1970, Chelsea fait son entrée en FA Cup. Interrogé sur le futur vainqueur de cette compétition par The Times, Sexton rétorque : « May I give Chelsea as the winners ? We have gone close so often, I believe it is our turn. We are going well at the right time ; confidence is sky-high » – des propos ambitieux confirmés par la victoire 3-0 des siens face à Birmingham grâce notamment à Osgood, auteur d’un but. Le tirage au sort annonce la réception de Burnley, que Chelsea n’arrive à écarter que lors d’un match replay. Viennent ensuite Crystal Palace (5-1), Queen’s Park Rangers (4-2) – club hôte des anciens Blues Venables et Bridges – et Watford (5-1) en demi-finale (ci-dessus, droite) : tous sont largement écartés dans des rencontres qui voient toutes Chelsea jouer à Londres et Osgood marquer. Les Blues accèdent ainsi à la finale pour la première fois depuis la défaite de 1967 qui avait scellé le destin de Tommy Docherty. Dans l’autre demi-finale, Manchester United et Leeds doivent jouer un replay ; ce sont les Whites qui s’en sortent et qui défieront les Blues dans la célèbre ‘Carry-on Cup Final’.

La rivalité entre les deux équipes est forte à l’époque : le dit ‘Dirty Leeds’ de Don Revie – réputé pour son jeu physique et agressif, sa fourberie et ses tricheries – apparaît alors être la parfaite antithèse de Chelsea – qui représente alors les dites ‘Swinging Sixties’ de par leur proximité de King’s Road, avenue londonienne tendance qui incarne avec brio l’émancipation généralisée d’alors. Le style de jeu flamboyant des Blues reflète d’ailleurs cet état d’esprit, tout comme le comportement d’Osgood et de ses compères hors du terrain. Que ce soit Charlie Cooke ou Alan Husdon, Tommy ‘The Sponge’ Baldwin ou David ‘DJ’ Webb, tous sont des partenaires de jeu favoris d’Ossie et adorent sortir sur King’s Road, idéalement au Lord Palmerston, au Ifield Tavern et au Markham Arms.

Pour le seul match de la saison diffusé à la télévision, l’atmosphère est à son comble ce 11 avril 1970. Et après que la Princesse Margaret soit venue saluer les joueurs des deux équipes – ceux de Chelsea ayant d’ailleurs de longs cheveux, ne les ayant par superstition pas coupé durant le parcours en FA Cup -, le coup d’envoi est donné par Eric Jennings sur une pelouse dans un état lamentable, après que Wembley ait accueilli seulement quelques jours auparavant un spectacle équestre. Après 21 minutes de jeu, Leeds prend l’avantage grâce à un but du défenseur Jack Charlton : le momentum est en faveur des Whites qui poussent mais ne parviennent pas à tromper une deuxième fois Peter Bonetti. Peu après la 40ème minute, Peter Houseman égalise avec chance pour Chelsea, privé d’Alan Hudson. La seconde période voit les deux équipes se rendre coup pour coup, avant que Leeds ne reprenne l’avantage à sept minutes du terme grâce à Mick Jones. Et si Chelsea semble condamné, la réponse ne se fait pas attendre puisque Ian Hutchinson égalise de façon inespérée pour les Londoniens qui, dominés, obtiennent des heureuses mais malvenues du fait de la fatigue, prolongations. Pourtant, celles-ci ne donnent rien et pour la première fois, un match replay est organisé pour départager les deux finalistes de la FA Cup.

Le replay est organisé le 29 avril, après la fin de saison, à Old Trafford. Toujours privé de Hudson, Chelsea est rapidement dominé dans l’entrejeu par Billy Bremner et Johnny Giles. Mick Jones récolte les fruits du travail de sape de ses coéquipiers et donne l’avantage à Leeds jusqu’à la 78ème minute. John Hollins se trouve alors dans le rond central et sert Osgood qui a décroché. Celui-ci décale Hutchinson sur le côté droit ; lui décide de revenir pleine axe et de servir le joueur qu’il croise, Cooke. Après deux touches de balle, Cooke adresse une merveille de ballon dans la surface ; Osgood a depuis enclenché une course dans le dos de la défense qui lui permet d’être à la réception du cuir. Et quelle réception ! Ossie s’envole horizontalement, et c’est parallèle au sol qu’il défie les lois du temps et de la gravité. Il ne vole plus, il plane ; et catapulte le cuir au fond des filets d’une merveilleuse tête plongeante depuis restée dans les mémoires. Quoiqu’advienne de la rencontre, Osgood avait désormais marqué lors de tous les tours de FA Cup, exploit que seuls 11 autres joueurs ont accompli. Mais comme à Wembley, les deux équipes ne se départagent pas lors du temps réglementaire ; les prolongations allaient pourtant cette fois désigner un vainqueur. Et ce vainqueur allait être Chelsea : sur une longue touche d’Ian Hutchinson côté gauche, le cuir rebondi sur Charlton avant que David Webb ne le réceptionne au second poteau pour offrir la victoire aux siens. Direction les boîtes de nuit mancuniennes pour Ossie et sa bande ; Ossie qui se trouve d’ailleurs embarrassé quand il ramène une jeune femme à sa chambre d’hôtel mais qu’il s’aperçoit que celle-ci est remplie d’amis alcoolisés célébrant le titre. Le lendemain, les Blues sont accueillis par leurs fans à Londres.

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CHELSEA PLAYERS IN BATH : 1970

Une troisième place, une FA Cup, et 31 buts marqués toutes compétitions confondues : si la saison semble très belle pour Osgood, elle semble bien devenir parfaite lorsque Alf Ramsey le convoque au Mondial 1970 au Mexique, où l’Angleterre tentera de défendre son titre. Il faut dire qu’Osgood, qui n’avait pas fait parti des listes depuis cette convocation en février, commençait à douter de ses chances. Si l’affaire du bracelet supposément volé par Bobby Moore agite le séjour des Anglais à Bogota pour un match amical, ces derniers entament la phase de groupe par un match contre la Roumanie. Geoff Hurst permet aux Anglais d’empocher une victoire sur la plus petite des marges dans un match où Osgood est entré en cours de jeu à la place de Francis Lee. En Angleterre, une campagne médiatique menée notamment par son ancien entraîneur Tommy Docherty s’organise en faveur d’une titularisation d’Osgood pour la prochaine rencontre face au Brésil de Pelé ; le capitaine Bobby Moore s’approche d’ailleurs d’Osgood lors d’un entraînement et lui glisse « Alf has asked me whether I think you’re ready and I told him that you must play. Ossie, you’re in ». Puis arrive l’heure de la réunion d’équipe : Alf Ramsey lance « The team to face Brazil will be the same team that finished against Romania ». Le rêve se réalise enfin, c’est du moins ce que Peter pense avant qu’Alf Ramsey ne continue sa causerie et ne s’attarde sur les consignes donner à Francis Lee. Moore intervient : « Excuse me Alf, you’re talking about Francis, but Ossie came on for Francis and he finished the game against the Romanians ». Au grand désespoir d’Osgood, Ramsey s’était trompé : « Oh, I’m ever so sorry Ossie ». Il n’était par ailleurs même pas nommé sur le banc. Se sentant trahi, Osgood enchaîne les bars le soir-même, et sèche l’entrainement du lendemain.

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Malgré le célèbre arrêt de Gordon Banks face à Pelé, l’Angleterre est défaite, mais s’impose dans le dernier match face à la Tchécoslovaquie – match dans lequel Ossie entre en jeu. Deuxièmes de leur groupe, les Anglais sont opposés à l’Allemagne de l’Ouest en quart de finale. Le match est depuis entré dans les annales : menés 2-0, les Allemands parviennent à égaliser en fin de rencontre – à cause notamment d’une erreur de Peter Bonetti – avant d’obtenir la victoire en prolongation. Malgré une équipe très talentueuse, les champions en titre sont dehors.

En août 1971, après un été éprouvant, Ossie et les Blues entament donc la nouvelle saison, avec beaucoup d’ambition. Les joueurs sont arrivés à maturité ; ils se connaissent parfaitement sur et en dehors du terrain et un titre collectif a désormais validé leur talent. Par ailleurs, Sexton réalise quelques ajustements dans son effectif : s’en vont Alan Birchenall et Bobby Tambling – devenu meilleur buteur de tous les temps du club avec 202 réalisations -, et arrivent entre autres Keith Weller et Paddy Mulligan. Enfin, le club est sur le point de racheter les parts de JT Mears Trustees dans Stamford Bridge à hauteur de £475.000, et de mettre en place un plan d’endettement pour redévelopper le stade. Tous les voyants sont donc au vert, et les débuts sont prometteurs : les Blues sont invaincus lors de leurs six premières rencontres jusqu’à une défaite début septembre à Leeds. Par ailleurs, pour leurs début en compétition européenne – la Coupe des Vainqueurs de Coupes -, ils écartent le Aris Salonique sur un score total de 6-2 (ci-dessous), performance qui poussera le ministre des Sports grec à prédire que Chelsea fera parti des deux finalistes à Athènes le 19 mai 1971.

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Malgré une élimination en League Cup par Manchester United, les Londoniens poursuivent leur bonne série en championnat : au passage à la nouvelle année, les Blues n’ont perdu que trois rencontres, et restent au contact des leaders Arsenal et Leeds malgré un nombre important de matchs nuls. En outre, ils sont qualifiés pour les quarts de finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupes après avoir écarté le  CSKA Sofia – équipe très organisée de l’armée bulgare – sur le score de 2-0. L’aventure en FA Cup prend cependant fin puisque malgré l’élimination en deux temps de Crystal Palace, Chelsea concède le 23 janvier une défaite 3-0 à domicile contre Manchester City avec notamment un doublé de Colin Bell. Lors de cette rencontre, Peter Osgood reçoit un carton jaune, son troisième ou sixième de la saison (sources contradictoires) – comportement agressif qu’il justifie par de l’autoprotection depuis sa blessure -, ce qui l’oblige à se rendre face à la commission de discipline à Lancaster Gate, siège de la Fédération Anglaise. A une époque d’émancipation où George Best est devenu l’idole de toute une génération, le comportement laxiste des footballeurs est largement critiqué. Celui qui allait suivre Best face à la commission de discipline serait puni : ce sera Peter Osgood. Incarnation des ‘drinking playboys’ de Chelsea, la sentence est sévère puisqu’en plus d’une amende, Ossie est banni des terrains pendant 6 semaines. L’appel mené par le président de Chelsea Brian Mears durcit même la sentence : il ne peut plus jouer pendant 8 semaines, et n’a plus accès ni à Stamford Bridge, ni au camp d’entraînement.

s-l225Alors qu’il traverse une saison difficile sur le plan personnel – seulement 7 buts marqués en 33 rencontres -, cette sentence est un véritable choc pour Osgood, d’autant plus que le moment est crucial pour Chelsea, encore dans la course au titre et en compétition européenne. Après plusieurs semaines passées à courir seul, il revient le 24 mars pour le match retour de quart de finale de Coupe des Vainqueurs de Coupe face au Club Brugge. Entre temps, si ses coéquipiers ont perdu le match aller sur le score de 2-0, ils ont obtenu un bilan de 5 victoires pour 2 nuls et 2 défaites en championnat qui voit leur chance de titre s’amaigrir encore davantage. Pour la réception du Club Brugge donc, à Stamford Bridge, devant plus de 45.000 spectateurs et dans une atmosphère déchaînée, Houseman et Osgood renversent les visiteurs et permettent aux Blues d’obtenir des prolongations inattendues, qui permettent à Baldwin et au même Osgood de marquer et de qualifier Chelsea pour les demi-finales. De ce doublé, l’entraîneur de Bruges dira : « Only an English footballer could have done what Osgood did, playing so brilliantly after eight weeks without a game – not just 90 minutes but extra-time as well ». De ce scénario fou, Tommy Baldwin confessera : « That was the best game I’ve ever been involved in ».

Hors course en championnat après la défaite 1-0 à Highbury début avril, Chelsea peut dès lors se concentrer sur la suite de la Coupe de Vainqueurs des Coupes. Le tirage annonce d’ailleurs une opposition face au tenant du titre, Manchester City ; le gagnant affrontera le vainqueur de Real Madrid – PSV Eindhoven à Athènes. Diminué par de nombreuses blessures – Osgood est ainsi écarté des deux rencontres -, Chelsea emporte avec surprise la manche aller par un but à zéro le 14 avril, avant de réitérer cette performance lors du match retour le 28 avril – ces deux matchs étant d’ailleurs entrecoupés d’une autre rencontre entre ces deux équipes, cette fois en championnat. Le 1er mai, Chelsea clôt sa saison par un nul 0-0 à Ipswich : les Blues terminent à une très décevante 6ème place, bien loin des ambitions du début de saison. Ils s’apprêtent pourtant à jouer une finale de coupe européenne qui pourrait faire entrer cette même saison – comme la précédente – dans l’histoire du club.

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Deux jours avant le match, les Blues arrivent à Athènes et s’installent dans un hôtel à l’extérieur de la ville, stratégie employée par Dave Sexton en personne pour éviter toute tentation à ses joueurs. Ils allaient affronter l’ogre Real Madrid, cinq fois vainqueur consécutif de la Coupe des Clubs Champions Européens – ou simplement Coupe d’Europe, ancêtre de la Ligue des Champions – entre 1956 et 1960. Pour l’occasion, 4.000 fans de Chelsea ont fait le déplacement ; ils sont rejoints par une majorité des locaux qui décident de supporter Chelsea en échange du soutien des Londoniens un mois plus tard pour la finale de la Coupe d’Europe à Wembley entre le Panathinaikos et l’Ajax. Face à 45.000 spectateurs, et si Cooke brille, Chelsea – organisé en 4-3-3 – se crée peu d’occasions jusqu’à la 55ème minute : sur un centre de Boyle, Osgood reprend le cuir et marque en deux temps. Et si la victoire se rapproche, à la toute fin du temps additionnel, le Real égalise. John Dempsey se souvient : « There was just a minute to go. The trophy, with blue and white ribbons attached, had already been brought to the side of the pitch. Then I miscued a clearance, and the ball skimmed off my boot straight to one of three Real players who would have been offside if I hadn’t touched it. I think it was Zico who scored ». Place donc à une prolongation qui n’aboutit à rien malgré une nette domination de Madrid : un match replay est organisé le vendredi 21 mai 1971, soit deux jours plus tard, pour dégager un vainqueur – comme pour la FA Cup 1970.

Avec un jour de pause entre les deux rencontres, Dave Sexton prend une décision surprenante en laissant ses joueurs libres de faire ce qu’ils souhaitent : « After the first game, I got the players together and told them I wasn’t going to put any restrictions on them whatsoever. They’d performed terrifically for me over a long, hard season. I left them to sort out their own arrangements ». Si certains décident de rester à l’hôtel pour se reposer, Ossie et sa bande filent en ville à 11h et ne rentrent qu’20h30 après avoir enchaîner les cocktails toute la journée. Pour les fans présents à Athènes, cette journée est moins divertissante : il faut trouver un moyen de rester sur place pour le replay. Et si certains doivent rentrer, c’est dans un formidable esprit d’entraide et de camaraderie que beaucoup réussissent à trouver une solution, grâce notamment à la gentillesse des locaux qui n’hésitent pas à réduire les tarifs ou à accueillir gratuitement les Anglais le temps d’une journée.

Vendredi 21, jour de match. C’est une saison entière qui allait être jugée sur une rencontre. 24.000 spectateurs peuvent assister à la rencontre : en première période, Dempsey donne l’avantage aux Blues avant qu’Osgood ne double la mise. Malgré une bonne seconde période et une réduction du score, Madrid ne réussit pas à faire craquer Bonetti de nouveau. Chelsea emporte la Coupe des Vainqueurs! Après une nuit dédiée aux célébrations dans Athènes, le retour à Londres le lendemain est encore plus festif. Cette équipe de 1969/1971 devenait au même moment la meilleure équipe de l’histoire du club. La plus excitante et la plus victorieuse. La plus crainte par les autres, et la plus aimée par les fans. Et à la tête de celle-ci trône Peter Osgood, devenu ‘King of Stamford Bridge’, incontestable figure de proue d’une équipe qui incarne à la perfection les ‘Swinging Sixties’. Avec rétrospection, il analyse son ressenti le jour de la parade : « Then, as now, I just sat and smiled on that bus, secure in the loving embrace of the Chelsea family. I counted my blessings. I had come back from a broken leg, fallen in with the greatest bunch of lads you could imagine, won an FA Cup and a European Cup-Winners’ Cup and played for England in Mexico. That night I went home to Tadworth to the family and fell tired but exquisitely content into my bed of roses ». A 24 ans, ce succès allait-il être durable ?

Rémi Carlu

(Crédit photos: bounder.friardale.co.uk; dailymail.co.uk; chelseafc.com; bobbyfc.com; pintinterest.com)

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