Peter Osgood, l’avènement du ‘King of Stamford Bridge’ – Partie 2

“Osgood, Osgood, Osgood, Osgood. Born is the King of Stamford Bridge”. Depuis plus de 50 ans déjà, chacune des syllabes de ce refrain s’élèvent des tribunes pour s’en aller frapper la toiture et résonner dans tout Stamford Bridge. Il faut dire que derrière ce chant se cache un joueur qui a marqué de son empreinte la plus fastueuse période de l’histoire de Chelsea. Heristage vous propose un portrait décomposé en plusieurs parties pour découvrir plus amplement Peter ‘Ossie’ Osgood, de sa jeunesse à Windsor à ses grandes heures de gloire avec les Blues.

Partie 1 – De Dedworth à Stamford Bridge: une destinée surprise

‘Tommy Docherty organise une tournée de fin de saison en Australie auquel Peter doit se joindre malgré l’arrivée imminente de son fils, Anthony John Osgood qui naîtra le 5 mai 1965. La tournée se passe pour le mieux : en six semaines, Chelsea emporte neuf de ses onze rencontres et Osgood marque 13 buts. Il évolue comme titulaire en pointe alors que l’avant-centre habituel Barry Bridges était avec l’équipe nationale ; au retour de ce dernier, Peter conserve pourtant le numéro neuf et Bridges est décalé sur l’aile. Un signe ? De retour à Londres et à l’aube de la nouvelle saison 1965-1966, Tommy Docherty tient la conférence de presse d’avant-saison au centre d’entraînement de Mitcham, et s’arrête sur le cas Osgood : « I’d bet with any one of you chaps that my young centre-forward Osgood could, if he tried a little harder, play for England. Not in the 1970 World Cup, but here in England next year ». Son heure est-elle enfin arrivée?’

Partie 2 – Ascension, frustration et reconstruction : parcours dantesque pour un talent hors-norme

Force est de constater que non. Peter Osgood n’est pas utilisé par Tommy Docherty durant la pré-saison et, à la recherche de temps de jeu en équipe première, il dépose une nouvelle demande de transfert – une pratique qui allait d’ailleurs le suivre durant toute sa carrière à Chelsea. Pourtant, cette fois encore, Docherty n’accède pas à la demande de son jeune attaquant, lui rappelant au passage son caractère impétueux en assénant un terrible: « I’ll put the name P.Osgood on the circularised list to club and you know what ? They’ll look at it and they’ll think – who is P.Osgood ? Paul, Philip, Patrick? Peter, you’re a reserve team player. No one besides your mum, dad, brother and dog knows you ». L‘équipe entame donc la nouvelle saison 1965-1966, sans lui.

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En septembre, le titulaire et insatiable buteur Bobby Tambling (ci-dessus) se blesse, tout comme le défenseur Marvin Hinton. Alors que Chelsea reçoit le 22 septembre l’AS Roma dans un match de Inter-Cities Fairs Cup – compétition européenne visant à promouvoir les foires internationales qui verra les premiers matchs européens de Chelsea -, Docherty décide de faire appel à Osgood, qu’il aligne d’entrée : les Blues l’emportent 4-1 notamment grâce à un triplé de Terry Venables, face à une Roma qui dans la plus pure tradition italienne d’alors use d’un jeu fait d’intimidations et de violences physiques – Chelsea se qualifiera par ailleurs deux semaines plus tard grâce à un 0-0 obtenu en Italie -. Docherty n’est pourtant pas entièrement satisfait de la prestation d’Osgood ; l’aspect fainéant du jeu de l’Anglais – qui se refuse depuis toujours à exercer un pressing ou à effectuer des replis défensifs – irrite l’entraîneur qui n’a trouvé comme seul remède que le fait de convier dorénavant Osgood chaque après-midi pour lui faire effectuer des exercices de courses, alors que ses coéquipiers ont eux terminé leur journée de travail.

Pourtant, Osgood fait ses débuts en championnat quelques jours plus tard, le 25 septembre face à Newcastle. Tendu et incapable de jouer son jeu naturel, il réalise une prestation décevante et retourne en réserve durant un mois. Globalement, le début de saison des Blues est lui aussi décevant, notamment à domicile, ce qui donne de réels espoirs à Osgood de se faire une place en équipe première : il a d’ailleurs rapidement une nouvelle chance de démontrer son talent. En effet, un beau jour d’octobre, Docherty s’approche de son joueur et lui dit « Peter, I am playing you against Leicester in place of Barry Bridges. I guarantee you ten consecutive first team outings and I hope that takes the pressure off ». Le coup de poker est audacieux de la part de l’Écossais : Barry Bridges est alors un international anglais adulé par le public, il était d’ailleurs le meilleur buteur de Chelsea la saison précédente avec 27 buts marqués toutes compétitions confondues. Mais l’incident de Blackpool avait fait des dégâts (Bridges faisait partie des joueurs n’ayant pas respecté le couvre-feu), et l’Anglais allait rapidement soumettre une demande de transfert – qui mettra les fans de Chelsea dans la rue en signe de protestation -, demande qu’il se verra accepter en fin de saison.

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Pour Osgood, les choses se passent plutôt bien. Fort de son nouveau statut, il marque à trois reprises (son premier but en championnat est marqué le 30 octobre contre Sheffield United) durant cette période de dix matchs que lui avait promise Docherty, et à l’issu de celle-ci, il semble bien avoir définitivement gagné sa place au sein du onze de départ. Par ailleurs, il gagne aussi petit à petit une place dans le cœur des supporters grâce à de bonnes performances. Grand et rapide, Ossie impressionne par ses qualités techniques balle au pied et sa vision du jeu. Ses contrôles de balles sont impeccables, sa conduite parfaite, sa finition dévastatrice. Bon de la tête, Osgood est un joueur capable de finir les actions en puissance ou en finesse, des deux pieds. Inspiré sur un terrain comme nul part ailleurs, il sent le jeu et n’hésite pas à tenter des gestes spectaculaires – reprises de volées en première intention, têtes plongeantes, dribbles chaloupés, talonnades et ailes de pigeon bien senties – qui lui réussissent bien souvent. Seules sa fainéantise et sa nonchalance contrebalancent un indiscutable talent brut. Il marque un but important au terme d’une superbe prestation face à Tottenham le 8 janvier 1966 – match qui voit la présentation de la flambant neuve New Stand -, et enthousiasme le journaliste Kenneth Wolstenholme lors de Match of the Day, qui dit de lui après un superbe run individuel face à Liverpool : « This boy Osgood… he really is good ! ».

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Pourtant, c’est bien un but marqué à la fin du même mois face à Burnley qui résume le talent du joueur de 18 ans. Ce but – un exploit individuel balle au pied depuis sa propre moitié de terrain – est par beaucoup, y compris lui-même, considéré comme le plus beau but qu’il ait marqué avec Chelsea ; il raconte : « Certainly, people refer to it now which is remarkable considering it happened nearly 40 years ago, and no longer exists on film. I picked the ball in my own half, beat Merrington, Talbot and Angus, the Burnley defenders, and outpaced some others before driving it past Adam Blacklaw, the goalkeeper, as he came out to block me off. It felt good and I knew it was a creditable individual effort, but was taken aback over how excited everyone became ».

Osgood – désormais payé à hauteur de £200 par semaine, soit dix fois le salaire moyen – devient une célébrité dans le pays entier, et reçoit la couverture médiatique adéquate. Il est un titulaire indiscutable de Chelsea, et termine la saison avec onze buts marqués. Son nom est même évoqué pour la sélection nationale à l’aube de la Coupe du Monde 1966 organisée à domicile: s’il est présélectionné dans une liste de quarante, il n’est pas retenu dans la liste définitive. Chelsea termine la saison à une encourageante cinquième position, et atteint les demi-finales des deux coupes. Tommy Docherty considère cependant cette saison comme ratée et est sur le point de remodeler son équipe, tirant par la même occasion définitivement un trait sur l’incident de Blackpool qui avait tant endommagé sa relation avec les joueurs. Prennent ainsi la porte Terry Venables, George Graham, Barry Bridges et Bert Murray – respectivement pour Tottenham, Arsenal et Birmingham pour les deux derniers ; et arrivent Tommy Baldwin (Arsenal), Charlie Cooke (Dundee) et Alex Stepney (Millwall). Une première génération de joueurs s’en allait donc sans que l’équipe n’ait pu atteindre tout son potentiel ; une seconde allait se former avec la ferme intention cette fois de réussir. Osgood allait être la figure centrale de cette nouvelle équipe. ChelseaHandbook-1966-67-l

Si la situation économique du pays est encore délicate sous le mandat travailliste de Harold Wilson – manque de croissance car absence de compétitivité qui allait aboutir à une dévaluation de la livre sterling en 1967 -, l’atmosphère générale au Royaume-Uni est positive. Le modèle culturel britannique rayonne tant par la victoire de l’Angleterre à la Coupe du Monde que par le succès international de la pop-rock, impulsé par les Beatles. Et pour les fans de Blues, l’excellent début de saison 1966-1967 de Chelsea ne fait que renforcer ce sentiment. Si Osgood marque 6 buts lors des 10 premières rencontres de championnat, Chelsea développe un jeu offensif attrayant – grâce à l’arrivée du créateur Charlie Cooke notamment, mais aussi par le 4-2-4 de Docherty qui demande à ses arrières latéraux d’accompagner les phases offensives – tout en réalisant quelques prestations solides sur le plan défensif. Chelsea reste invaincu lors de ces 10 premières rencontres, et prend même la tête du classement le 1er octobre après une victoire convaincante 4-1 face au Manchester City du duo Mercer/Allison (ci-dessous). La 11ème journée voit pourtant les Blues concéder la défaite au Bridge face à Burnley ; entre temps un drame s’est produit.

En déplacement à Blackpool le 5 octobre pour un match de League Cup, Peter Osgood se casse la jambe dans un duel avec l’un des hard-men de l’époque et futur homme de base du Liverpool de Shankly, le dénommé Emlyn Hughes. Docherty remplace Osgood par Peter Houseman – il faut savoir qu’un remplacement n’est autorisé que depuis la saison précédente et seulement en cas de blessure -; Ossie est opéré dans la nuit et rentre le lendemain avec l’équipe à Londres. S’il craint déjà pour la suite de sa carrière, Docherty lui rétorque avec sûreté : « Son, mark my words, you’ll come back from this a better player ». Il n’empêche que le timing est cruel : Osgood était depuis une saison environ devenu titulaire indiscutable, et à à peine 20 ans, une telle blessure pouvait se révéler irrémédiable. Par ailleurs, l’arrivée imminente de Tony Hateley – grand attaquant considéré comme l’un des meilleurs joueurs de tête du pays – en provenance d’Aston Villa pour £100.000, record pour le club, n’était pas faite pour rassurer Ossie quant à son futur. Il ne rejoue pas de la saison, saison qui s’avère une nouvelle fois décevante pour Docherty et ses hommes qui ne terminent qu’à la neuvième place de la First Division, emportée cette saison-là par Matt Busby et Manchester United. Les Blues atteignent par ailleurs la finale de la FA Cup mais sont défaits à Wembley par Tottenham – club de l’ancien capitaine Terry Venables – sur le score de 2-1 dans la célèbre ’Cockney Cup Final’ (ci-dessous).

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La nouvelle saison 1967-1968 redevient alors comme à chaque fois la priorité : Chelsea reste une formation de premier plan mais doit gagner en régularité pour pouvoir enfin prétendre au titre. Cette nouvelle saison voit aussi le retour dès la première journée de Peter Osgood sur les terrains, alors que l’assistant Ron Stuart a travaillé d’arrache-pied avec lui tout l’été afin qu’il soit prêt physiquement pour la reprise. Ses premières prestations sont pourtant loin d’être encourageantes ; elles le sont d’ailleurs aussi peu que celles de l’équipe de manière générale. Chelsea n’emporte que deux de ses quinze premières rencontres ; les Blues subissent par ailleurs quelques lourdes défaites (5-1 à Newcastle ou 2-6 contre Southampton) et sont éliminés rapidement de la League Cup par Middlesbrough, équipe de Second Division. Un changement rapide est nécessaire pour relancer une équipe à la dérive qui lutte désormais pour le maintien.

Le fusible ne pouvait qu’être Tommy Docherty. Il dirige Chelsea pour la dernière fois le 30 septembre dans une rencontre qui les oppose Coventry (1-1). Le vendredi 6 octobre, un important jugement tombe : ‘The Doc’ est banni des terrains pendant 28 jours. Il ne peut plus se rendre au stade, et encore moins diriger son équipe. L’été précèdent, lors de la pré-saison, Docherty avait insulté un arbitre aux Bermudes. Les raisons de cet incident sont peu claires puisque les différentes biographies contradictoires : soit Docherty s’était énervé à cause d’un éclairage défectueux en seconde période, soit il était entré sur la pelouse pour faire sortir deux de ses joueurs qui venaient de prendre un carton rouge mais qui refusaient de quitter le terrain par protestation. Quoiqu’il en soit, cet incident avait été reporté à la Fédération Anglaise, dont la sanction était sur le point de sceller le sort de l’entraîneur écossais. Celui-ci est en effet convoqué ce même vendredi 6 octobre à une réunion d‘urgence dans l’après-midi, où l’attend notamment le président du club, Charles Pratt Junior. Depuis le décès de Joe Mears Junior en 1966 – homme avec qui Docherty avait d’ailleurs une très bonne relation -, Pratt a pris les rênes du club, au grand dam de ce même Docherty qui n’a jamais pu le supporter du fait des interférences constantes du premier. Pourtant, l’Écossais ne laisse pas à Charles Pratt la joie de le licencier : il débarque avec du champagne et lance: « I knew what was going to happen. Say no more, Mr Pratt. Have a drink instead. I resign ».

Les joueurs sont abasourdis: s’ils ont a de nombreuses reprises dû subir les humeurs de l’Écossais, ils appréciaient tout de même ses grandes qualités de meneur d’hommes. Et qui d’autre qu’Osgood pour ressentir de la compassion envers Tommy Docherty: celui-ci l’avait signé à Chelsea, lancé dans le monde professionnel, donné une place dans le onze, soutenu lors de la blessure, aidé à acheter une maison, soutenu encore pour son retour malgré des prestations en demi-teinte. L’Anglais se rend d’ailleurs quelques jours plus tard chez son ancien entraîneur pour lui faire ses adieux ; entre-temps, Chelsea est lourdement défait 7-0 par Leeds le lendemain de l’éviction du ‘Doc’.

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Le nouvel entraîneur est très rapidement présenté : il s’agit de Dave Sexton (ci-dessus), homme pour qui les joueurs avaient fait du lobby afin qu’il obtienne le poste. Alors entraîneur adjoint de Bertie Mee à Arsenal, Sexton est un ancien joueur passé notamment par West Ham où il connut Malcolm Allison et sa révolution lancée au Cassettari Café. Il avait rejoint Chelsea pour devenir préparateur sous les ordres de Docherty au début des années 1960, avant de quitter le navire pour aller entraîner Leyton Orient, puis devenir préparateur pour Fulham et Arsenal. Apprécié des joueurs, Sexton l’est aussi des dirigeants de Chelsea qui voit en lui un grand potentiel.  Charles Pratt résume: « We regard him as the best man in the world to do the job for which he has come back to Stamford Bridge ». Il faut dire que la personnalité de Sexton convient mieux aux dirigeants que celle de l’électrique Docherty: Dave Sexton est un individu calme, réfléchi et cérébral.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Sexton décide de se concentrer sur l’attaque : « I got some good advice from Malcolm Allison when I started the Chelsea job. He said attack should be your number one priority. […]. In the long run, it paid off. That’s the beauty of taking a positive approach ». La première signature de Sexton est ainsi un attaquant, Alan Brichenall, acheté à Sheffield United pour £100.000. Petit à petit, les choses s’améliorent. Les joueurs retrouvent confiance, encaissent moins de buts grâce au travail tactique de Sexton et se mettent même à gagner des matchs au changement d’année. De janvier à la fin de saison, Chelsea emporte ainsi 13 de ses 19 rencontres de championnat, et atteint les quarts de finale de la FA Cup. L’arrivée de David Webb en février contribue à renforcer davantage encore la défense des Blues, désormais capable d’enchaîner des clean-sheets. En attaque, le duo formé par Peter Osgood et Tommy Baldwin fait des ravages, duo bien soutenu d’ailleurs par Alan Birchenall, Bobby Tambling, Peter Houseman et Charlie Cooke. Le 11 mai, lors du tombée de rideau, Chelsea l’emporte 2-1 face à Sheffield United et termine à une inespérée sixième place au classement général pour cette saison 1967-1968. Peter Osgood est lui meilleur buteur du club, avec 17 réalisations toutes compétitions confondues. Toutes craintes concernant son avenir sont dissipées : il a retrouvé son niveau et est devenu un joueur plus intelligent ; ses perspectives futures sont radieuses, tout comme le sont celles de l’équipe. Dave Sexton a maintenant en main l’avenir d’un club et d’une nouvelle équipe bientôt entièrement reconstruite. Allait-elle cette fois atteindre son potentiel ?

Partie 3 – Des trophées, enfin

Rémi Carlu

(Crédit photos : dailymail.co.uk; gettyimages.com; chelseafc.com; collectsoccer.com)

2 commentaires sur « Peter Osgood, l’avènement du ‘King of Stamford Bridge’ – Partie 2 »

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