Peter Osgood, l’avènement du ‘King of Stamford Bridge’ – Partie 1

« Osgood, Osgood. Osgood, Osgood. Born is the King of Stamford Bridge ». Depuis plus de 50 ans déjà, chacune des syllabes de ce refrain s’élèvent des tribunes pour s’en aller frapper la toiture et résonner dans tout Stamford Bridge. Il faut dire que derrière ce chant se cache un joueur qui a marqué de son empreinte la plus fastueuse période de l’histoire de Chelsea. Heristage vous propose un portrait décomposé en plusieurs parties pour découvrir plus amplement Peter ‘Ossie’ Osgood, de sa jeunesse à Windsor à ses grandes heures de gloire avec les Blues.

Partie 1 – De Dedworth à Stamford Bridge: une destinée surprise

Peter Osgood naît le 20 Février 1947 dans le village de Dedworth, près de Windsor dans le comté du Berkshire, lui-même situé à l’ouest de Londres. Il est le premier fils de Les et Ivy Osgood, cette dernière ayant cependant un garçon – Mick – issu d’un précèdent mariage. Sa sœur Mandy naîtra quatre années plus tard.

S’il dit ne jamais s’être considéré comme étant pauvre, Peter n’en reste pas moins issu de la classe ouvrière anglaise : son père est maçon, sa mère travaille dans la restauration. À une époque rude où le rationnement est encore de mise outre-manche, son enfance est heureuse. Scolarisé jusqu’à l’âge de 11 ans à Clewer Green, il y découvre tout autant les dures labeurs des longues heures de classe que les joies des parties de football aux récréations. Très vite, le jeune Osgood se fait remarquer par ses petits camarades ; ses qualités footballistiques impressionnent et lui donnent un statut à part entière dans la cour de récréation : il est admiré sans rien avoir à faire, et il adore ça. Il faut dire que Peter Osgood est déjà un passionné de football. Fan d’Arsenal, il s’émerveille comme la plupart des gamins de son époque devant le Charles Buchan’s Football Monthly, un magazine mensuel édité par l’ancien avant-centre d’Arsenal et de Sunderland qui se compose d’articles, d’interviews et de photos des différentes divisions de football nationales.

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Au fond du jardin, le père Osgood construit un petit muret : son fils s’amuse alors à y faire rebondir le cuir – des exercices répétitifs qu’auraient pu lui conseiller d’exécuter Malcolm Allison (adepte de l’entraînement par répétition), et qui sont surement pour beaucoup dans le merveilleux toucher de balle qui caractérisera Peter Osgood tout au long de sa carrière. Autre atout du bonhomme : sa taille. Très grand pour son âge, il joue systématiquement contre des adversaires plus âgés.

Mais pour réussir la transition des cours de récréation aux terrains, il lui faut un équipement que ne tarde pas à lui offrir à ses parents. Il évoque ainsi dans son autobiographie – Peter Osgood, Martin King & Martin Knight, Ossie – King of Stamford Bridge – non sans une pointe de nostalgie le Noël en famille qui l’a vu recevoir sa première paire de crampons : trop heureux de pouvoir enfin y blottir ses deux pieds, il refuse d’ailleurs de les retirer et les porte avec fierté jusqu’à la tombée de la nuit ! En ce qui concerne le ballon, ses souvenirs sont tout aussi savoureux. Perspicace, et non sans une pointe de malice, Osgood a un stratagème bien rôdé afin de remplacer les ballons perdus, pourtant durement payés avec les quelques pièces qu’il pouvait alors économiser : il se rend aux courts de tennis et vole la première balle mal-dosée pour continuer de s’adonner à sa passion à lui, le football.

Ses premières sensations footballistiques remontent évidemment à la même époque, et ont pour théâtre un endroit précis bien que manquant de charme : les plus ou moins étroites étendues d’herbe séparant les logements sociaux d’alors. Les différents quartiers ont en effet pour habitude de s’affronter tous les jours dans des parties de football, et le jeune Peter évolue fièrement dans l’équipe de son quartier, les auto-proclamés Kenton Lane Boys. Très doué sur les pelouses, Peter l’est pourtant beaucoup moins assis sur son pupitre : le petit n’est définitivement pas fait pour l’école. Il déteste les heures de cours et se retrouve mêlé à divers problèmes. Pire encore, il manque le eleven plus, célèbre test qui trie les candidats sur le volet : l’admission ouvre la voie à une carrière intellectuelle quand l’échec est inévitablement synonyme de difficile travail laborieux. Il entre alors à la Dedworth Secondary Modern School en 1958.

Il y passe là aussi des heures plutôt joyeuses. Si scolairement les choses s’améliorent, tout se passe aussi très bien sur les terrains. Il rejoint l’équipe de l’école et en devient rapidement le capitaine. Là encore, la grande qualité technique pour un joueur de sa taille impressionne, et Peter ne tarde pas à évoluer au sein de sélections locales. Il rejoint par ailleurs le Spital Youth Club, alors géré par le dénommé Les Marks. Il faut noter qu’entre temps, Osgood est banni de l’équipe de l’école pour avoir avec ses camarades ligoté et abandonné dans le vestiaire un coéquipier un peu trop contrariant. Qu’importe ! S’il aime à l’époque s’en aller à la chasse aux lapins avec quelques compères de chasse, Peter s’éclate tout autant au Spital Youth Club et est sur le point de découvrir sa seconde grande passion : les femmes.

En 1962, à l’âge de 15ans, Peter Osgood quitte Dedworth Secondary Modern School, sans objectif en tête. Il n’a pourtant jusqu’alors jamais considéré la possibilité de faire carrière dans le football ; il décide simplement avec un brin d’insouciance de vivre au jour le jour, au grès des vents : c’est bientôt l’heure des petits boulots.

D’un point de vue football, tout fonctionne ou presque. Osgood enchaîne les saisons à près de 40 buts pour Spital et est régulièrement appeler à jouer pour des sélections locales diverses. Pourtant, il subit un retentissant échec lors d’un essai à Reading, club local du Berkshire et alors en Third Division South : lui et son coéquipier Tony Briner ne sont pas retenus par les Royals. Une autre opportunité – qui aurait assurément pu changer une partie de la face du football anglais des années 60/70 – reste mort-née : celle de signer à Arsenal. Secrétaire de Spital, Les Mark écrit à Arsenal et obtient un essai pour le jeune Peter. Celui-ci surprend pourtant son monde et refuse de s’y rendre. « I can’t go to Arsenal for a trial! It’d be wasting their time and I’d make myself look a prize pillock ». Star de Spital, Osgood a peur d’un échec que lui et la plupart de ses coéquipiers ont déjà connu, et fait alors preuve d’un manque de confiance en soi qui disparaîtra dans les années à venir.

Professionnellement, il entre au service d’archivage d’une entreprise de bronze à canon, dans la zone artisanale de Slough. Inutile de préciser que Peter déteste ce nouveau travail qui le voit être enfermé dans un bureau ; il apprécie cependant la possibilité d’aider financièrement ses parents avec ses £6 de salaire hebdomadaire. 6 mois plus tard, il entre dans une entreprise de machine à lavée mais n’est toujours pas satisfait. La solution semble pourtant sous son nez depuis le départ : son souhait de travailler en extérieur est réalisé lorsqu’il entre à F.J Lane & Sons of Windsor, entreprise de maçonnerie où travaille son père. Côté football, Osgood enchaîne avec toujours autant de plaisir. Il enfile la tunique des Spital le samedi, celle des Windsor Corinthians le dimanche, tout en traînant encore de temps à autre entre deux lotissements pour évoluer avec les Kenton Lanes Boys. Tout était pourtant sur le point de basculer.

En 1964, son oncle Bob écrit en effet à Chelsea et obtient un essai pour le jeune Peter. Ce dernier ironise: « Because he was my uncle I couldn’t duck out of it ». Ce samedi-là, il se rend à Hendon comme prévu ; entre 60 et 100 jeunes comme lui sont sur place pour en découdre. Tout est organisé d’une main de maître par Dick Foss, recruteur s’occupant des jeunes du club depuis l’ère Billy Birrell ; il était l’homme de l’ombre qui avait découvert Jimmy Greaves, Bobby Tambling, Terry Venables ou encore John Hollins, et était sur le point de découvrir un autre géant. A la fin de l’essai, Foss s’approche en effet de Peter, lui tend une feuille annotée et lui demande de signer. Osgood griffone son nom ; l’échange est anecdotique :

« You don’t seem too happy ?, dit Foss en rigolant

– Happy about what ?

– Signing for Chelsea Football Club »

Loin d’être joueur professionnel, Peter Osgood est en fait un joueur amateur rattaché à Chelsea. En clair, le club continue d’observer le jeune attaquant se développer pendant que celui-ci évolue pour son club amateur. Ce contrat permet par ailleurs à Chelsea de protéger sa trouvaille d’autres potentiels prétendants. La carrière d’Osgood connait alors un véritable coup d’accélérateur : il est appelé à plusieurs reprises pour évoluer avec Chelsea Juniors. Ces derniers se qualifient d’ailleurs pour la finale de la Southern Counties Junior Floodlight Cup face à West Ham. Après une victoire 2-0 à l’aller, Dick Foss fait appel à Peter Osgood pour le match retour. Celui-ci est emporté par les Chelsea Juniors sur le score de trois buts à un : deux buts ont été marqués par Peter Osgood qui voit son nom repris le lendemain dans le Daily Express – ‘New Boy Osgood Shines’.

1456767948808Osgood obtient le statut de ground-staff boy lors de la saison 1964-1965. Chelsea lui paye désormais son salaire (£10/semaine) et il participe aux entraînements. Après ceux-ci, il doit cependant ramasser les déchets à Stamford Bridge les lendemains de matchs, ou simplement nettoyer les chaussures des joueurs professionnels. Si une carrière de footballeur semble pour la première fois vraiment envisageable, c’est d’abord un autre événement qui marque la vie d’Ossie : il rencontre à l’âge de 17 ans sa future femme Rose, qui tombe enceinte de lui au cours de la même année.

Rapidement, Peter Osgood est promu et évolue pour la réserve de Chelsea : il est alors placé sous la coupe du coach Dave Sexton, un homme auquel son destin allait être indéfiniment lié. Sa première apparition avec les professionnels allait rapidement suivre. Il est en effet convoqué par Tommy Docherty – alors entraîneur de l’équipe première des Blues – pour faire le déplacement en novembre 1964 avec les professionnels à Workington, club de Third Division et adversaire des Blues en quart de finale de League Cup. Chelsea est tenu en échec 2-2 ; Osgood reste chaudement assis sur le banc. Lors du match replay, le 16 décembre 1964, Docherty décide d’aligner son jeune attaquant de 17 ans d’entrée de jeu : « You’re in the team tomorrow night son. Don’t worry, play your natural game and you’ll be fine. From what I hear you’ve deserved the chance. Best of luck ». Et puisque l’histoire est bien faite, dans un match particulièrement difficile, Chelsea l’emporte 2-0 grâce à deux buts du jeune Peter Osgood. Sa performance est reprise dans les journaux qui s’enthousiasment à la vue de ce talent, auteur jusqu’alors de 30 buts en 20 matchs toutes catégories confondues. Pourtant, son heure avec les professionnels n’est pas encore venue puisqu’il retourne avec la réserve jusqu’à la fin de saison – il quittera d’ailleurs durant quelques heures son propre mariage pour jouer et marquer 3 buts face à Shrewsbury ! Ses bonnes prestations lui permettront par ailleurs d’être sélectionné pour l’équipe U18 de l’Angleterre : là encore il impressionnera et sera même nommé meilleur joueur du championnat d’Europe U18 de 1965, alors que les Anglais sont défaits en finale 3-2 face aux Allemands de l’Est.

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Désormais payé £20 par semaine, Peter Osgood ne se satisfait pourtant pas de ses bonnes performances. De plus en plus confiant quant à ses capacités et aux possibilités qu’il a de percer dans le monde professionnel, il décide d’aller voir Tommy Docherty (ci-dessus) pour demander un transfert. Si la méthode peut paraître folle quand on connait le fort tempérament de l’entraîneur écossais, elle est plutôt constructive : si Osgood finit par retirer sa demande de transfert, il obtient une hausse de salaire et l’assurance – sans promesse précise cependant – qu’il jouera un jour pour l’équipe première du club. L’incident de Blackpool allait accélérer ses velléités.

Ayant gagné le surnom de ‘Docherty Diamonds’, le Chelsea d’alors est une équipe jeune très excitante à voir jouer. Lors de cette saison 1964-1965, les Blues sont un prétendant solide au titre de champion d’Angleterre, réalisent un beau parcours en FA Cup et emportent la League Cup. Pourtant, vers la fin de saison, les choses se compliquent en championnat puisque les Blues s’essoufflent et connaissent une mauvaise série. Pour rester dans la course au titre, Chelsea doit emporter ses deux dernières rencontres face à Burnley et à Blackpool, et espérer un faux-pas de Manchester United. Docherty décide d’installer l’équipe au Cliff Hotel de Blackpool, et de ne pas redescendre sur Londres entre les deux rencontres. Le mercredi 21 avril marque un tournant dans l’histoire du club. En effet, Docherty instaure un couvre-feu à 23 heures, mais il est averti par le portier que 8 de ses joueurs n’ont pas respecté ce couvre-feu. Docherty choisit de vérifier par lui-même et entre à 3 heures dans la chambre partagée par John Hollins et Barry Bridges. Docherty tire alors les couvertures : si les joueurs sont présents, ils portent encore sur eux leur costume de soirée.

blackpool incidentDès le lendemain, l’Ecossais prend une solution radicale et renvoie les huits joueurs sur Londres, joueurs qui ne participeront donc pas au match face à Burnley. Il convoque entre outre la presse, qui se rue sur les joueurs à leur arrivée en gare, à Londres. Défait 6-2 à Burnley, Chelsea doit étouffer l’incendie entre Docherty et ses hommes : une photo (ci-contre) restée célèbre est prise du manager et de ses 8 joueurs, qui réintègrent l’équipe avant le dernier match, lui aussi perdu par ailleurs. La guerre est cependant déclarée entre les deux camps: si Docherty reste encore à la tête du club durant deux saisons, l’Ecossais perd confiance en ses hommes et cherchent petit à petit à s’en séparer. L’opportunité pour Osgood de se faire une place dans le groupe est plus que jamais réelle.

Tommy Docherty organise une tournée de fin de saison en Australie auquel Peter doit se joindre malgré l’arrivée imminente de son fils, Anthony John Osgood qui naîtra le 5 mai 1965. La tournée se passe pour le mieux : en six semaines, Chelsea emporte neuf de ses onze rencontres et Osgood marque 13 buts. Il évolue comme titulaire en pointe alors que l’avant-centre habituel Barry Bridges était avec l’équipe nationale ; au retour de ce dernier, Peter conserve pourtant le numéro neuf et Bridges est décalé sur l’aile. Un signe ? De retour à Londres et à l’aube de la nouvelle saison 1965-1966, Tommy Docherty tient la conférence de presse d’avant-saison au centre d’entraînement de Mitcham, et s’arrête sur le cas Osgood : « I’d bet with any one of you chaps that my young centre-forward Osgood could, if he tried a little harder, play for England. Not in the 1970 World Cup, but here in England next year ». Son heure est-elle enfin arrivée ?

Partie 2 – Ascension, frustration et reconstruction : parcours dantesque pour un talent hors-norme

Partie 3 – Des trophées, enfin

Rémi Carlu

(Crédit photos : soccerattic.com; chelseafc.com; Clive Batty, Kings of King’s Road: the Great Chelsea Team of the 60s and 70s)

3 commentaires sur « Peter Osgood, l’avènement du ‘King of Stamford Bridge’ – Partie 1 »

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